Les Poteaux d'Incendie (PI)FEU1

1 La Défense Incendie (DI)
1.1 Nécessité
1.2 Notions Public/privé
1.3 Responsabilités domaine public
1.4 Domaine Privé et assurances
2 Moyens utilisables
2.1 Performances demandées (en réseaux)
2.2 Le Poteau ou la bouche d'incendie
2.3 Les diamètres (de PI)
2.4 Emplacement PI (ou bouche)
2.5 Les risques du maniement pour les personnels d'Incendie
2.6 La localisation / Numérotation
2.7 L'historique des performances
2.8 Le gel
3 Les relations avec les services des eaux
3.1 Les vérifications annuelles
3.2 Les obligations de bienséance
3.3 Les conséquences sanitaires
3.4 Les risques pour les réseaux
3.5 L'aspiration sur un réseau
3.6 Clapet ?
3.7 Le vol d'eau aux PI
4 Maintenance des PI
5 Conclusions

 

 

 

 

Préambule

Je crois qu'il était important de rappeler un certain nombre d'éléments spécifiques aux poteaux d'incendie.
L'exposé ci-après donne les grandes lignes qui serviront je pense aux élus locaux, mais aussi aux responsables des distributeurs d'eau, tout autant qu'aux jeunes pompiers qui doivent comprendre toutes les implications que représente l'ouverture et la fermeture d'un poteau d'incendie.
Je souhaite que ce soit un temps de réflexion pour que chacun puisse comprendre les conséquences attachées à un geste.
Je suis tout à fait conscient de représenter un point de vue particulier, qui est celui du distributeur d'eau, mais je crois qu'il est présenté de façon honnête et qu'il peut être compris par tous les acteurs au bénéfice de tous.

 


 

1 La Défense Incendie (DI)

Cet article concerne la défense incendie en France seulement. La partie législative peut différer suivant les pays, mais la partie technique a le mérite d'être d'être assez stable.

1.1 Nécessité

La lutte contre le feu existe depuis des siècles, voire des millénaires. La solidarité joue un rôle important dans cette action, car l'élément primordial est de sauver ce qui peut l'être, avec en premier lieu :

- Hommes et animaux, puis les biens (s'il n'y a pas d'autres risques majeurs).
- En deuxième lieu vient la non propagation d'un incendie à d'autres habitations ou sites industriels.
Tout ceci sans parler des conséquences écologiques sous-jacentes.
Une fois toutes ces considérations traitées, un incendie peut continuer sous surveillance lorsqu'il n'y a plus rien à faire, car il peut être parfois mieux de laisser brûler ce qui est déjà détruit à 90%, pour éviter des pollutions supplémentaires.

La Défense Incendie d'une façon générale, est donc la responsabilité du Maire d'une commune. Celui-ci est appuyé par le Service d'incendie et de secours, mais il garde l'obligation de maintien en état des moyens de défense spécifiques attachés à sa commune. (bâches statiques, points d'eau, piscines, réseau d'eau potable, parfois pompiers volontaires communaux etc…). Le contrôle du bon état de ces éléments doit être réalisé tous les ans.

Les SDIS (Services Départementaux d'Incendie et de Secours) sont bien entendu aptes en moyens techniques et humains pour intervenir sur ce très vieux fléau qu'est un incendie.

1.2 Notions Public/privé

La défense incendie publique fait partie des obligations des responsables communaux à l'égard des personnes et des biens privés. Il y a lieu de reprendre un terme précédemment employé, la solidarité qui est le terme le plus adapté, car cette solidarité va s'exercer du public vers le particulier ou l'entreprise.

Cette solidarité n'est pas identique lorsqu'il s'agit d'une personne ou famille isolée comparativement à une entreprise de taille moyenne, car les moyens financiers possédés sont évidemment hors de proportions.
Les préfets peuvent ainsi  imposer, sur recommandation des services d'incendie et de secours, des dispositions particulières pour les grandes entreprises ou les entreprises "à risques".
(Certaines grandes entreprises ont leur propre service d'incendie et de secours)

1.3 Responsabilités domaine public

Pour le particulier, c'est sans ambiguïté la solidarité publique, qui va jouer à plein. Il n'est en effet pas envisageable qu'il y ait un PI par habitation, et ce ne peut être qu'un équipement public. Cette solidarité est le fruit des impôts, tout comme la défense nationale !

Le Maire est civilement responsable de dégâts aggravés suite à un manque d'eau (prévisible) par exemple. Il est également responsable des moyens implantés en fixe sur sa commune (PI, ou bâches). Les Assurances, peuvent se retourner vers le responsable communal qui peut être sanctionné, s'il a manqué à ses devoirs et obligations. Cela peut aller jusqu'au titre individuel, mais le plus souvent c'est au niveau de la commune. (Un conseil municipal peut parfois empêcher son maire de répondre à ses obligations…).

Les réseaux d'eau potable sont habituellement utilisés soit comme premier moyen de lutte contre l'incendie, soit comme appoint. Ceci est une évidence, car l'eau potable est, à quelques exceptions près présente partout. Cette vocation détournée de l'eau potable amène quand-même quelques problèmes, car les mises en oeuvre sont diamétralement opposés entre potabilité et défense incendie.

Dans les ressources d'eau pour l'incendie, il ne faut pas oublier de mentionner les rivères, ruisseaux, canaux, piscines, avec pour ces premières, un certain dédain, car l'eau est souvent chargée de particules qui attaquent durement les pompes des camions tonne ou des motopompes.

1.4 Domaine Privé et assurances

Dans le cas d'une entreprise, viennent se greffer d'autres considérations, qui sont le risque face aux personnes (employés), au voisinage, à la sensibilité par rapport à la pollution, aux risques d'explosions etc…

Les préfets sont dans ces cas, qui ne sont pas si rares, aptes à prendre des arrêtés motivant les risques et obliger ainsi à des dispositions particulières.
Dans ces dispositions particulières on peut citer des poteaux incendie complémentaires dans l'enceinte privée, (quand les performances réseaux le permettent) ou des bâches de volume déterminé en fonction du risque particulier.

On peut citer aussi des dispositions particulières dans la construction (avec des murs coupe feu séparant deux entités industrielles, des portes spéciales, réseaux RIA*, sprinkler etc…)

A noter dans ce chapitre qu'un équipement issu d'un réseau d'eau public installé dans une enceinte privée, doit obligatoirement être équipé d'un compteur (adapté au débit). Ceci signifie que l'eau publique de ce poteau d'incendie privé sera payée par le responsable de l'entreprise quelqu'en soit l'usage (incendie ou autre).
Il est en effet illégal qu'un équipement privé soit raccordé sans compteur à un réseau public ! Cet équipement ne devra de plus pas assurer de retour d'eau sur le réseau public.

Au niveau assurances, les experts peuvent imposer des dispositifs complémentaires, qui, s'ils ne sont pas mis en œuvre, peuvent conduire à des surprimes souvent très lourdes.

2 Moyens utilisables

Dans les moyens, il y a tous ceux qui ont été cités ci-dessus, mais on ne parlera ici que des moyens issus des réseaux d'eau potable, puisque c'est le sujet de l'article, et principalement des poteaux d'incendie.

Il y les RIA* qui sont des réseaux internes aux bâtiments, qui sont en charge, et qui permettent de débuter la défense avec des moyens réduits mais présents localement et prêts à l'emploi (RIA* Réseau Incendie Armé).
*(Le réseau est "Armé" car il est prêt à la lutte. Ceci est à opposer aux "colonnes sèches" qui ne sont pas en eau à cause du gel principalement, mais qui peuvent être mises en eau rapidement en cas d'incendie).

2.1 Performances demandées (en réseaux)

Pour des habitations standard et dans des communes sans particularités, il faut un PI à moins de 200 mètres d'une habitation.
Ce PI devra pouvoir fournir 60 M3/H durant 2 heures. Ceci représente la règle de base (minimaliste) de la défense incendie en milieu communal et urbain.

Suivant des particularités, les SDIS peuvent préconiser d'autres règles plus contraignantes, notamment vers les ERP (Établissements Recevant du Public), les supermarchés et les hypermarchés, où la double défense (120 M3/H durant 2 heures).
Sans parler des bâches auxiliaires qui peuvent être demandées, le nombre de poteaux peut cette fois être augmenté de façon significative. (Par exemple, un à chaque angle de bâtiment)

2.2 Le Poteau ou la bouche d'incendieTOTBAYA

SMHMAVKTOT

Voici un échantillon de différentes marques. A remarquer une bouche d'incendie rouge.

(liens : clicker sur les photos)

Par définition, le POTEAU ressemble à un "poteau" qui sort du sol sur une hauteur de 700 à 800 mm équipé ou non d'un coffre.
Ces PI sont toujours alimentés et prêts à entrer en action sur ouverture de la vanne associée au PI.

Par opposition, La BOUCHE d'incendie est au niveau du sol, dans un petit regard faisant partie de la tête de raccordement et de la commande de vanne. L'alignement avec le sol prend cette fois une acuité accrue à cause des accidents avec les piétons.

On parle parfois "d' Hydrants", mais c'est la même chose ou presque car un hydrant regroupe sous ce terme tout ce qui apporte de l'eau depuis un réseau public sous terrain (TOTPAMPI ou Bouche).

Le choix est parfois une question esthétique, mais aussi une "habitude". Il peut répondre à un problème de place sur le domaine public (PARIS et grandes villes).
A cela il faut ajouter la mauvaise image des bouches ou bornes, qui sont effectivement peu visibles, et la nuit par exemple, en campagne, il peut s'avérer difficile de localiser le point d'eau, d'autant qu'au sol la peinture rouge n'existe pas (ou pas longtemps), et qu'un rappel vertical devrait compléter l'équipement !

En première constatation, il faut tout de même dire qu'il est plus "rassurant" de voir un PI, que de chercher la bouche…(Il faut avoir cherché un élément dans le sol en pleine nuit et en pleine campagne pour comprendre les difficultés…)

En ce qui concerne le poteau d'incendie, celui-ci peut être équipé ou non d'un coffre ou d'une coiffe. Là il s'agit de discussions qui n'ont pas trop d'intérêt dans l'article. Je citerai seulement qu'un poteau nu est en théorie plus rapidement en service. (À vérifier cependant suivant le nombre de lances connectées)

Un PI n'est pas inusable, et il a été conçu en général pour 5000 manœuvres seulement (à vérifier). Les modèles actuels ont fait de gros progrès notamment avec des sièges de vanne rapportés qui évitent l'échange complet en cas d'usure.

2.3 Les diamètres (de PI)

Le diamètre d'un PI n'est pas un élément vital dans les performances espérées, car ce sont les canalisations d'amenée de l'eau qui vont principalement donner les performances. (Un PI s'adapte assez bien à des vitesses élevées).
Cependant il y lieu de moduler ces propos par un aspect pratique certain : Les SDIS n'ont plus de matériel de raccordement pour les vieux modèles !
Dans la majorité des cas, en défense incendie publique, pour des pressions "normales", il faut abandonner l'idée de PI de diamètre inférieur à 100 mm. (Ces poteaux doivent pour des questions de débit/pression être alimentés au moins par des tuyaux de DN100). Il reste donc 2 modèles le DN100 ou DN150.
Seuls les calculs, (et pour une heure de consommation moyenne du réseau) permettront de déterminer les sections des tuyaux permettant d'alimenter correctement un PI.

Les diamètres de sortie d'un PI de 100 sont :     2x65 et 1x100 mm.
Les diamètres de sortie d'un PI de 150 sont :     2x100 et 1x65 mm

2.4 Emplacement PI (ou bouche)

Ainsi qu'on l'a déjà signalé, une habitation doit être à moins de 200 mètres d'un PI. Ceci sous-entend que l'on doit trouver un PI tous les 400 mètres.
Les distances ne sont pas mesurées à vol d'oiseau, mais par les chemins carrossables. (Par carrossable, il faut comprendre que les chariots de tuyaux des pompiers doivent pouvoir rouler facilement sur le revêtement.

Pour une entreprise ou un hangar agricole, on considérera toujours 200 mètres jusqu'au point le plus éloigné d'un bâtiment. Cette considération entraîne souvent des poteaux internes à l'entreprise.
Un poteau d'incendie ne doit pas être trop près d'un bâtiment à défendre, car il risquerait de ne pas être accessible ou de pouvoir recevoir des éléments qui se détachent et de devenir cette fois inaccessible en fermeture.

A noter que de façon indissociable il doit y avoir, à un mètre au moins, une vanne d'arrêt du PI (vanne enterrée sous BAC). Ceci permet d'intervenir sur la commande en cas de problème et de ne pas buter dans le PI lui-même ou le coffre avec la clé de barrage et d'accéder à côté d'un "geyser".
Cette vanne a peut-être deux "propriétaires", car par raison d'économie, la seule vanne est en situation juridique instable, puisqu'elle appartient au Syndicat ou à la Commune qui gère l'eau potable, ET non au matériel d'incendie spécifique de la commune.

Il faut également considérer le côté d'une route ou d'une rue, car il n'est pas possible de faire traverser simplement les tuyaux, sans les protéger, pour trois raisons majeures.

   - Risque de déséquilibrer un pompier en action à l'autre bout du tuyau.
   - Certaines pièces des véhicules peuvent déchirer les tuyaux souples.
   - Le fait d'écraser un tuyau, peut détruire instantanément un dispositif de pompage par surpression, avec éclatement du corps de pompe.

Il faut alors dans ce cas mettre des tremplins de protection pour éviter ces phénomènes.
Traverser une voie à grande circulation est donc un véritable problème qui va modifier sensiblement la répartition des PI par rapport aux 200 mètres.
Les SDIS donnent les consignes en ce sens aux maires lors des rencontres.

PIBAYPIEnfin les PI sont souvent la cible des conducteurs peu scrupuleux ou un peu éméchés, et leur emplacement aux intersections posent souvent des problèmes. Des modèles "CHOC" ont été mis au point pour éviter un "geyser" !
Rien ne remplace à mon humble avis les blocs de rochers qui évitent ces casses stupides.
Attention cependant à un PI "simplement bousculé" qui ne pourra plus remplir sa mission sur un incendie. Des progrès ont été réalisés en ce sens par certaines marques, et seul un petit écoulement peut témoigner de la casse.

2.5 Les risques du maniement pour les personnels d'Incendie

Vous n'avez pas manqué de remarquer le poids important d'un gros tuyau de pompier rempli (1litre=1 kilogramme). Cela n'est rien face aux forces en jeu lorsqu'un tuyau est en pression.
En bout de tuyau souple, une variation accidentelle de pression peut déséquilibrer un pompier sur une corniche, cela d'autant plus qu'il y a des variations brutales dans la pression, induites par d'autres lances.
C'est la principale raison pour laquelle les pompiers demandent souvent deux PI au lieu d'un, car les variations de pression sont beaucoup plus facilement absorbées (amorties) par le réseau, que sur une division (triplette) de raccordement de pompier.

Les variations brutales de pression sont en général le fait des pompiers eux-mêmes, par le biais des vannes à boisseau de lance.
Avec plusieurs PI, ces phénomènes sont beaucoup moins marqués, car le réseau amortit largement ces variations et protège ainsi bien mieux les pompiers en action.

2.6 La localisation / Numérotation

Ce point concerne à la fois la commune, le Distributeur d'eau et les pompiers. Une bonne gestion commence toujours par un recensement précis, et donc une numérotation des PI. Le numéro est seul capable de lever toute ambiguïté sur l'identification d'un PI.

Le repérage avec des chiffres est pratiquement obligé pour des questions de place disponible. Tout autre procédé conduirait à un nombre de caractères trop important en considération de la surface inscriptible possible.

Les petits GPS de randonnée donnent des résultats suffisants (environ 5 à 8 mètres au mieux) pour la localisation, et les grands centres SDIS ont déjà entrepris cette opération de repérage (avec des moyens plus conséquents). Cela est utile la nuit, et lève tout voile d'incertitude sur un PI. Cela permet en outre d'avoir sur les plans communaux en DAO, une "couche incendie" et de tirer uniquement les plans correspondants.

Cette localisation est un élément tout aussi important pour le service des Eaux, car tout PI est un point réseau d'accès public qui permet de déterminer les éventuels problèmes spécifiques au réseau.
Un PI évite de déranger un abonné (pour mesurer la pression par exemple).

Une façon originale et pratique pour marquer les PI est de le réaliser avec une bombe de peinture et des étiquettes PVC autocollantes souples prédécoupées. En effet suivant la couleur à recouvrir (rouge, couleur métal, jaune etc...) il est nécessaire de pouvoir mettre n'importe quelle couleur de chiffres.
Il faut aussi prendre en compte le relief d'un poteau, et ce n'est pas toujours simple de trouver une surface plane sur un poteau...

Le mieux est donc d'utiliser la partie négative des lettres découpées pour servir de cache. Une bombe de peinture de la couleur désirée fait alors le travail. A remarquer que le cache étant autocollant, il n'y a que très peu de bavures par capillarité, et les chiffres sont quasiment parfaits.

Prendre le chiffre en positif reste aléatoire pour la durée dans le temps de l'inscription. (décollage)

2.7 L'historique des performances

Les performances sont légalement contrôlées annuellement (en général). Comme un réseau public d'eau potable est renouvelé en permanence, il peut y avoir des modifications de performances, vers le haut (de préférence) ou parfois inattendues à la baisse.
Le suivi de 3 dernières valeurs de mesures est important, et permet de comprendre les conséquences des éventuelles modifications intervenues.

Il n'est pas rare d'avoir à gérer plusieurs centaines ou milliers de PI. Il est évident que l'informatique est parfaitement adaptée à cette gestion des performances, non par le biais de tableurs, mais plutôt par des systèmes de bases de données relationnelles.

2.8 Le gel

Les PI sont appelés parfois des "INCONGELABLES". Ce terme existe encore, mais pratiquement tous les PI sont incongelables (Dans le Nord de la France). Il ne faut surtout pas conclure pour d'autres régions ou pays du globe !
Le gel peut faire éclater un PI non vidangé, et des dispositifs en pied dePoteau0 poteau, vidangent automatiquement la colonne d'eau du PI. Cette vidange est soit automatique, attachée à la vanne de fermeture, soit dépendante parfois de la fermeture d'un coffre de protection.

Voici la photo éloquente d'un équipement de ce type !  Les feuilles mortes au fond des capots témoignent de l'état de  délaissement par les différents intervenants de ce site champêtre très renommé, vers Belfort
Bien naturellement les fonctionnaires des différents services concernés sont au service de la population, mais pas au service de leur porte monnaie ?
Cela m'arrive parfois de faire un écart, mais en ce 12 décembre 2009 avec l'arrivée des grands froids, je n'ai pas pu résister à cette petite flèche si "tendrement décochée aux fonctionnaires passifs".
(Il faut également consulter l'article sur l'investissement et la maintenance des équipements en collectivités territoriales pour comprendre ma petite colère...)

BREF, il faut donc faire attention à la bonne fermeture des capots (coffre) !
(Se rappeler qu'un PI gelé n'est plus opérationnel)

Le remplacement d'un PI gelé coûte de 2 à 3000 EUROS ! cela vaut tout de même la peine...de prendre la peine !

3 Les relations avec les services des eaux

3.1 Les vérifications annuelles

La loi oblige les communes à une vérification annuelle des moyens de défense incendie. Tous les PI sont donc normalement essayés. Les textes évoluent largement et les pompiers ne feront bientôt plus cette vérification de façon gratuite, mais seulement sur demande, et moyennant finance.
Cette vérification annuelle ne concerne pas seulement la dynamique de l'eau, mais l'état général d'un PI.

La présence des bouchons, du coffre, la dureté de la manœuvre, la non vidange éventuelle etc…
Les paragraphes suivants vont expliquer les raisons pour lesquelles les pompiers ne doivent jamais être seuls lors de ces opérations.

Ces vérifications annuelles se font avec un débitmètre, qui n'est autre qu'un compteur de gros calibre, associé avec une mesure de temps. Une vanne située en sortie du débitmètre permet soit de régler la pression amont à 1 bar, soit de contrôler 60 M3/h à une pression > = à 1bar, comme le prévoit la législation.
Attention à la position obligatoire du débimètre sur le poteau d'incendie, pour éviter les accidents. (Suivant la pression, le débitmètre peut prendre de "l'altitude"...et se comporter comme une massue. Même les plus avertis se font parfois "avoir" ...!)

Ce compteur spécial est normalement pourvu d'un stabilisateur d'écoulement intégré, qui évite les mesures erronées à cause des turbulences dues à l'absence de longueur droite en amont.

3.2 Les obligations de bienséance

Un PI est un équipement toujours litigieux. Il est payé par une commune, posé sous le contrôle du service des Eaux et utilisé par les Pompiers (et le service des Eaux). Le PI est aussi un élément technique ayant de fortes contraintes physiques, puisque celles-ci peuvent atteindre plusieurs centaines de tonnes lors des opérations de fermetures.
La manœuvre ne doit pas se réaliser de façon "sauvage", mais de façon LENTE et progressive et cela essentiellement lors de la fermeture.

Comme on pourrait conclure, à chacun son métier. Ainsi, toute opération d'ouverture fermeture d'un PI doit être signalée par les pompiers au service des Eaux, car il y a de nombreuses conséquences qui peuvent aller jusqu'à rendre impropre à la consommation humaine, l'eau du réseau d'eau POTABLE.

A ce niveau on comprend bien que les intérêts divergent largement, et que dans un esprit de solidarité envers la population, il y a lieu aussi d'y avoir solidarité entre Pompiers et distributeur d'Eau, dans le but commun.

Ce n'est pas toujours le cas, et c'est pour cette raison qu'il y a lieu d'informer plus complètement.
Cet accompagnement doit exister lors des vérifications demandées aux pompiers.

Si le service des Eaux effectue seul cette vérification, il est de bon ton qu'il donne ses mesures aux services d'incendie qui les stocke alors pour sa propre exploitation.

Lors d'incendies réels ou de manoeuvres, les pompiers doivent signaler aux agents de permanences des services d'Eau, leur intervention. Ce point n'est hélas pas souvent respecté et c'est dommage d'apprendre le lendemain par le journal local qu'une ferme a brûlé !

Il y a triple nécessité d'appel. La première pour préparer le pompage en conséquence d'une forte demande, et ne pas attendre qu'une cuve puisse éventuellement se vider. (60 M3/H sur 2 heures est un minimum). Il y a aussi parfois des possibilités complémentaires à mettre en œuvre, que seul le distributeur d'eau est en mesure de réaliser. (manoeuvres de vannes, arrêt ou mise en marche de pompes...)

La deuxième nécessité est d'ordre sanitaire.

Il faut aussi ajouter des conséquences sur la pérennité du réseau dans les heures et jours qui vont suivre un incendie, car des ruptures à retardement dues aux efforts se manifestent en général sous un délai d'une semaine.

3.3 Les conséquences sanitaires

Celles-ci sont évidentes, et tout le monde a déjà vu l'eau "jaune" après un incendie. La raison est que le réseau, au lieu de fonctionner en "vitesse de croisière", est soumis à un véritable choc, qui va décoller tout sur son passage. Le biofilm des conduites est mis en mouvement, les dépôts divers sont décollés des parois des tuyaux, les pastilles de rouille sont décollées et cet ensemble provoque une eau jaune.
Dans les bouclages, l'eau peut être amenée à changer de sens, ce qui décolle encore d'autant plus.
Cette eau devient impropre à la consommation pratiquement toujours. Le service des Eaux doit alors à titre préventif corriger cette action par une chloration complémentaire dès l'information donnée par les pompiers, et par des purges régulières pour évacuer ces impuretés décollées.

D'autre part, le fonctionnement à haut débit peut induire des manques d'eau dans certaines parties élevées du réseau. Le distributeur d'Eau doit pouvoir au moins, s'il ne peut corriger le problème, indiquer la raison. Tout manque d'eau non signalé est par essence même une source de pollution et un manquement du distributeur face à ses abonnés !

3.4 Les risques pour les réseaux

Le risque est essentiellement la rupture des canalisations (fonte grise par exemple ou PVC collé etc…), ou la casse d'éléments de fontainerie.
La cause de ces dégâts est souvent différée de quelques jours, par rapport à l'action d'incendie.

En premier élément, les vitesses élevées induisent des vibrations de "haute fréquence".

Le deuxième élément me semble encore beaucoup plus important, et il concerne cette fois la vitesse de fermeture d'un PI.

La meilleure image que je puisse donner est de dire à une personne d'arrêter une locomotive de 80 tonnes en tentant de la repousser avec une 2cv sur une distance de 10 mètres …!
Le rapport des forces est à peu près respecté, car derrière le PI il ne faut jamais oublier qu'il y a des masses d'eau souvent importantes, de plusieurs dizaines de tonnes, voire centaines.
Ces masses sont en mouvement, et lorsqu'il s'agit de les arrêter, la pression va monter d'autant plus rapidement que la vitesse de fermeture est élevée.

Ce point est à rappeler sans cesse car les PI ont fait de tels progrès dans la souplesse de manœuvre, que la tentation est forte d'aller vite en fermeture !

Je pense que c'est ce dernier point le plus dangereux pour les réseaux.
Il n'est pas extraordinaire de relever des débits de 280 M3/h sur PI de DN100 donc des vitesses très élevées.
On se rapellera en parallèle la formule 1/2mV², et on comprend par le terme V² que la vitesse est extrêmement importante
(Il est inutile de préciser que cela fait beaucoup d'eau et que la terre tremble autour du PI. On comprend mieux ainsi la nécessité de placer la vanne à au moins d'1 mètre du PI pour pouvoir intervenir au cas où !

3.5 L'aspiration sur un réseau

Ceci est le cas lorsque les pompiers attèlent une motopompe en direct sur un PI.
Cette aspiration se réalise surtout vers les réservoirs, et là où il y a des sections assez fortes mais pas assez de pression. Cette aspiration ne peut se réaliser qu'avec des tuyaux rigides en plastique annelé de métal, car autrement ce ne serait pas possible à cause de l'aspiration qui aplatirait un tuyau souple.

Le phénomène de vitesse va de nouveau se produire, et les joints des tuyaux à emboîtement pourraient se relâcher un peu avec éventuellement un peu d'aspiration d'eau du terrain, mais cela ne me semble pas trop risqué car les joints tiennent en principe à 1 bar environ à pression inverse.

En aspiration, les mêmes risques réseaux sont induits avec en plus un arrêt brutal de pompe qui peut sonner le glas des conduites fragiles.

3.6 Clapet ?

Un PI Public n'est jamais équipé d'un clapet. Ce n'est pas le cas d'un PI Privé qui devra à contrario en être équipé. Cela se comprend aisément sans faire de dessins.
Ce point est important car c'est une obligation légale. Ceci s'explique par la garantie de fonctionnement (un clapet bloqué par la rouille ça existe !) et aussi pour réduire la perte de charge au minimum.

3.7 Le vol d'eau auPIMANOUDANx PI

Je viens de me faire remettre en place et menacer par une instance associative, que je ne nommerai pas, pour éviter toute polémique.
Comme je ne cherche pas les ennuis, et que j'aspire à la tranquilité d'une retraite bien méritée, je supprime simplement tout ce chapitre, qui vous l'aurez compris m'avait valu bien des soucis dans la direction d'une structure AEP de 50 communes.
Alors je préfère jeter l'éponge face à la bêtise.
Naturellement le commentaire à l'origine de cette décision ne sera pas diffusé pour ne pas attiser le feu, et ne pas avoir à utiliser un PI !
Je note cependant que la force fait toujours loi, car la personne seule que je suis n'a pas les moyens réels et matériels pour répondre  à ces attaques.

4 Maintenance des PI

Le sujet est vaste et délicat à traiter. Tout est entrain de bouger d'un point de vue des textes légaux.
Je précise de nouveau que ce sont les Communes qui doivent financer les PI en termes d'installation, mais aussi de vérifications / maintenance.
Les communes ayant délégué la responsabilité de l'eau sont en mesure de réaliser elles-même ou de sous-traiter seulement les opérations d'entretien courant (débroussaillage, peinture, bouchons à remettre, coffres à réparer etc...)

Les performances et autres vérifications hydrauliques ne peuvent être réalisées que par le distributeur d'eau, uniquement par le fait que la manœuvre de la seule vanne de pied de poteau n'est autorisée qu'au seul gestionnaire de l'eau, car c'est sa charge induite par délégation.
En tous cas, une entreprise prestataire de service ne peut s'octroyer que les tâches ne nécessitant aucune manœuvre de vanne. Il y aurait vraisemblablement délit, même avec l'accord d'une commune.
La jurisprudence dans ces cas demande à être examinée attentivement.

Pour ma part, je ne considère pas que l'opération de mesure de performances, de contrôle de la vidange, puisse se faire en l'absence du distributeur d'eau, car la potabilité peut en être affectée. La présence (facturée) du distributeur doit bien entendu être nécessaire. Alors à quoi bon payer deux fois !

Ci après un exemple de points à contrôler ou à renseigner dans une fiche individuelle PI :

Commune :
N° du PI :
Marque
Type
Modèle CHOC
Adresse
PI Physiquement existant
Nom du contrôleur
Date et heure du contrôle **

Etanchéité du PI fermé
Présence de tous les bouchons
Contrôle d’un bouchon avec clapet
Présence chaînettes des bouchons
Présence du numéro d’identification
Etat de la petite quincaillerie, serrure…
Végétation, arbres envahissants
Présence coffre complet
Etat du coffre
Aspect peinture
Présence d’un socle béton
Position verticale et latérale
Type de réseau d’alimentation
Manœuvres spéciales à effectuer 
Mécanisme de manœuvre
Pression statique
Etanchéité du PI ouvert sur bouchons
Vanne réseau ferme correctement
Pression Dynamique à 60M3/H
                  ou débit à 1 bar
Débit à gueule bée
Etanchéité vidange
Vidange PI fonctionne

** (Notez l'importance de l'heure du contrôle par rapport à l'activité normale du réseau)

5 ConclusionsPIPAMOLD2PIPAMOLD1

Ci contre quelques vieux modèles de PI qui fonctionnent encore, mais dont les jours sont comptés, car il n'y a plus de pièces détachées pour les remettre en état...

Les Services des Eaux facturent normalement la pose d'un PI qui est réalisée sous leur contrôle.
L'eau nécessaire à l'extinction d'un incendie est habituellement fournie gracieusement  par le distributeur d'eau à moins qu'un contrat d'affermage ne stipule d'autres règles. (Les services publics sont en général plus souples sur cette approche).

La manœuvre des PI reste du domaine exclusif du distributeur d'eau et des services des SDIS (en action de combat du feu ou en manœuvres).

Toute opération des SDIS nécessite une collaboration avec les distributeurs d'eau.

Cette affirmation se comprend aisément, en imageant le fait que votre voisin frappe à la porte ou sonne au moins, avant d'entrer chez vous. C'est une politesse élémentaire !

Un lendemain peut-être pas trop éloigné verra peut-être l'émergence de réseaux séparés pour la défense incendie et pour l'eau potable. Ceci se précisera peut être par le manque croissant de ressources d'eau potable de qualité.

Les grands thèmes relatifs à la défense incendie ont été abordés. Il subsiste le règlement de service, qui dans certains cas stipule une obligation au niveau défense incendie. Il faudrait simplement dévoyer cette obligation en simple possibilité, car la vocation eau potable est par l'esprit même incompatible avec la défense incendie !
On ne peut pas mettre le loup dans la bergerie. On ne peut pas concilier des objectifs diamétralement opposés. On peut simplement les rapprocher et faire en sorte de pouvoir travailler ensemble en bonne harmonie et complémentarité.

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